Pour toute information supplémentaire, veuillez contacter :

 Jeff Haskins: +254 729 871 422 ou jhaskins@burnesscommunications.com

Grace Ndungu: + 254 722 890 551 ou g.ndungu@cgiar.org

Catherine Mgendi: +254 726 243 046 ou c.mgendi@cgiar.org

 

SOUS EMBARGO JUSQU'AU 3 SEPTEMBRE 2007, 10:00 GMT

Le risque d’extinction des races d’élevage africaines, asiatiques et latino-américaines entraîne une « érosion du cheptel »

Les scientifiques appellent à la mise en place rapide de banques de gènes animaux pour conserver les races autochtones

INTERLAKEN, SUISSE (3 septembre 2007) — À la suite du premier inventaire mondial des animaux d’élevage, qui montre que de nombreuses races d’élevage africaines, asiatiques et latino-américaines sont menacées d’extinction, des scientifiques du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR) ont appelé aujourd’hui à l’établissement rapide de banques de gènes afin de conserver le sperme et les ovaires d’animaux de première importance indispensables à la survie future de la population mondiale.

Une dépendance excessive à l’égard d’un nombre restreint de races de quelques espèces animales d’élevage, comme les vaches Holstein Frisonne à haute productivité laitière, les poules pondeuses White Leghorn, et les porcs Large White à croissance rapide entraîne la perte d’une race d’élevage par mois en moyenne selon le rapport récemment publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). La vache laitière noire et blanche Holstein Frisonne, par exemple, est aujourd’hui présente dans 128 pays et dans toutes les régions du monde. Étonnamment, 90 % du bétail des pays industrialisés provient de seulement six races très rigoureusement définies.

Le Rapport sur la situation mondiale des ressources zoogénétiques établi par la FAO, avec le concours de l’Institut international de recherche sur l’élevage (ILRI) et d’autres groupes de recherche, est le fruit d’une étude sur les animaux d’élevage conduite dans 169 pays. Selon ce rapport, présenté à plus de 300 responsables publics, scientifiques, éleveurs et producteurs de bétail à la première Conférence technique internationale sur les ressources zoogénétiques qui s’est tenue à Interlaken (Suisse), du 3 au 7 septembre 2007, près de 70 % des races de bétail uniques existant encore dans le monde se trouvent dans les pays en développement.

« Des races irremplaçables disparaissent à un rythme alarmant », a déclaré Carlos Seré, Directeur général de l’ILRI. « Dans de nombreux cas, nous ne connaîtrons même pas la valeur réelle d’une race existante avant qu’elle n’ait disparu. C’est pourquoi il nous faut prendre dès maintenant des mesures pour conserver ce qu’il en reste dans des banques de gènes. »

Dans son allocution d’ouverture au forum scientifique, le premier jour de la conférence d’Interlaken, M. Seré a préconisé la mise en place rapide de banques de gènes en Afrique parmi quatre mesures pratiques en vue de mieux caractériser, utiliser et conserver la base génétique des animaux d’élevage pour les systèmes de production animale sur l’ensemble de la planète.

« C’est là un pas essentiel dans la bonne direction », dit C. Seré. « La communauté internationale commence à mesurer la gravité de la perte de diversité zoogénétique. La FAO coordonne des processus intergouvernementaux dans le but de mieux gérer ces ressources. Il faudra du temps pour que les négociations aboutissent. Dans l’intervalle, il est possible d’engager dès maintenant certaines opérations afin de sauver les races les plus menacées. »

L’ILRI, qui a pour mission de combattre la pauvreté par la recherche sur l’élevage pour le développement, aide les pays et les régions à sauver les races qui leur sont particulièrement adaptées afin de garantir à terme la sécurité alimentaire, la pérennité de l’environnement et le développement humain.

Les pays industrialisés ont en grande partie bâti leurs économies sur la production animale, et rien n’indique que les pays en développement agiront différemment. Un milliard de la population mondiale travaille aujourd’hui dans l’élevage, et 70 % des populations rurales pauvres en sont substantiellement tributaires pour leur subsistance. « Dans un avenir prévisible, les animaux d’élevage continueront de donner à des centaines de millions de personnes les moyens d’échapper à la pauvreté absolue. »

Ces dernières années, dans le monde, de nombreux petits exploitants agricoles ont abandonné l’élevage des animaux traditionnels au profit de races à rendement plus élevé importées d’Europe et des États-Unis. Dans le Nord du Viet Nam, par exemple, la population de truies était composée à 72 % de races locales en 1994 ; huit ans plus tard, ce pourcentage avait chuté à 26 % à peine. Cinq des quatorze races porcines locales sont aujourd’hui vulnérables, deux en situation critique, et trois menacées d’extinction.

Les scientifiques prédisent qu’en Ouganda, la race autochtone de bovins Ankole, réputés pour leurs cornes immenses et gracieuses, pourrait disparaître dans les vingt prochaines années parce qu’elle est rapidement supplantée par les Holstein Frisonnes, qui produisent davantage de lait. Lors d’une sécheresse récente, les quelques agriculteurs qui avaient gardé leurs vaches Ankole ont pu les abreuver à des sources d’eau éloignées, tandis que ceux qui les avaient remplacées par des races importées ont perdu tout leur troupeau.

M. Seré note que les races exotiques offrent à leurs propriétaires des avantages à court terme du fait qu’elles promettent des volumes élevés de viande, de lait ou d’œufs, mais il souligne qu’elles présentent également un risque élevé dans la mesure où bon nombre d’entre elles ne supportent pas les variations imprévisibles de l’environnement ou les épidémies lorsqu’elles sont introduites dans des milieux plus éprouvants dans les pays en développement.

Mise en place de cryobanques de sperme et d’ovules

Les scientifiques comme les écologistes admettent qu’il est impossible de sauver toutes les populations d’élevage. L’ILRI a cependant jeté les bases à une organisation hiérarchique des travaux de conservation des animaux d’élevage dans les régions en développement. Au cours des six dernières années, il a mis sur pied une base de données détaillée, le Système d’information sur les ressources génétiques des animaux domestiques (DAGRIS), qui contient des informations issues de la recherche sur la répartition, les caractéristiques et la situation de 669 races bovines, ovines, caprines, porcines et volaillères autochtones d’Afrique et d’Asie.

M. Seré propose d’accélérer la mise en place de quatre mesures pratiques qui permettront de mieux gérer les ressources génétiques des animaux d’élevage.

1.) La première consiste à encourager les agriculteurs à conserver la diversité génétique des animaux « sur pied », à savoir à poursuivre l’élevage de différentes races autochtones. Dans son allocution, M. Seré a préconisé le recours aux incitations commerciales et des politiques publiques adaptées pour faire en sorte que le maintien de la diversité soit intéressant pour les agriculteurs.

2.) Un autre moyen d’encourager l’élevage de ces races, selon M. Seré, consiste à autoriser la mobilité internationale des troupeaux. En effet, les agriculteurs ont le choix entre « déplacer leur bétail ou le perdre ». Une plus large répartition des races et une plus grande facilité à se les procurer diminuent les risques que des races et populations particulières disparaissent en cas de fluctuations des marchés, de guerre civile, de catastrophe naturelle ou d’épidémie.

3.) La troisième méthode que défend M. Seré est une stratégie de long terme qui présente un fort potentiel pour les agriculteurs démunis de ressources. Dénommée « génomique du paysage », elle conjugue des techniques de cartographie génomique et géographique de pointe pour définir quelles races sont les plus adaptées aux différents milieux et conditions dans le monde.

4.) Mais pour que la génomique du paysage (ou les autres approches) fonctionne, il faudra bien évidemment que les scientifiques disposent d’une très grande diversité génétique animale pour effectuer leurs travaux. C’est pourquoi la quatrième mesure recommandée par M. Seré est une garantie à long terme qui consiste à créer des banques de gènes pour conserver le sperme, les ovules et les embryons des animaux d’élevage. 

« Aux États-Unis, en Europe, en Chine, en Inde et en Amérique du Sud, il existe des banques de gènes bien établies qui œuvrent activement à la conservation de la diversité des races d’élevage régionales », explique-t-il. « Ce n’est malheureusement pas le cas en Afrique, et cette absence se ressent douloureusement aujourd’hui car c’est l’une des régions qui conserve la diversité la plus riche, et qu’elle sera vraisemblablement le point focal de l’érosion zoogénétique au cours de ce siècle. »

La mise en place de banques de gènes n’est cependant qu’une première mesure importante en vue d’assurer la conservation à long terme des races d’élevage. M. Seré souligne que ces banques ne constituent pas en soi la seule réponse au problème, surtout si elles deviennent à terme des « collections de timbres » jamais utilisées.

« Les pays conservent déjà leurs ressources génétiques animales spécifiques. La communauté internationale doit leur apporter son appui », déclare M. Seré. « Nous nous unissons à l’appel à l’action de la FAO. Le CGIAR se tient prêt à apporter son soutien à la communauté internationale pour que ces paroles se concrétisent ».

 

###

À propose de l’ILRI :

L’institut international de recherche sur l’élevage (ILRI), basé à Nairobi, consacre ses travaux à l’interaction entre élevage et réduction de la pauvreté ; dans ce cadre, il fait appel à des connaissances scientifiques de haut niveau et au renforcement des capacités pour lutter contre la pauvreté et favoriser le développement durable. L’Institut opère en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes. Il dispose de bureaux en Afrique de l’Est et de l’Ouest, en Asie du Sud et en Asie du Sud-Est, en Chine et en Amérique centrale. Pour toute information supplémentaire, veuillez vous rendre sur le site www.ilri.org.

 

À propos du CGIAR:

Le CGIAR est une alliance stratégique pour la recherche agronomique qui a pour mission de stimuler la croissance agricole, d’améliorer les revenus des agriculteurs et de protéger l’environnement. Le CGIAR apporte son soutien aux études innovantes conduites par l’ILRI et 14 autres centres de recherche dans le monde pour assurer la subsistance des populations futures. Pour en savoir plus, veuillez vous rendre sur le site www.cgiar.org.