Wed 3 Jun 2009
De nouveaux modèles de changement climatique indiquent que le maïs, le millet et d’autres cultures vivrières pourraient disparaître sur plus d’un million de km2 de terres agricoles en Afrique
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Le bétail pourrait être un élément essentiel de survie pour l’agriculture africaine face à l’augmentation des températures et à la modification des évènements pluvieux
Une nouvelle étude réalisée par des chercheurs de l’Institut International de Recherche sur le Bétail (ILRI) basé à Nairobi et de la société Waen Associates, basée au Royaume-Uni a démontré que, d’ici 2050, un climat plus chaud couplé à des changements dans la pluviométrie, pourrait rendre inaccessibles à l’agriculture entre 500 000 et 1 million de km2 de terres agricoles marginales, y compris une simple agriculture de subsistance. Cependant, ces terres sur lesquelles vivent entre 20 à 35 millions de personnes, pourraient encore nourrir du bétail.
Augmenter la production de bétail pourrait représenter une alternative séduisante pour des millions de fermiers pauvres d’Afrique qui, dans les décennies à venir, pourraient trouver que le changement climatique a rendu leurs terres inutilisables pour la culture mais qu’elles restent viables pour l’élevage, selon une étude publiée cette semaine dans une édition spéciale du journal Environmental Science and Policy.
« Le bétail, et en particulier les animaux dont on sait qu’ils sont tolérants à la chaleur et à la sécheresse, peuvent survivre dans des conditions qui sont bien plus dures que ce que les cultures peuvent supporter » indique Philipp Thornton, un des scientifiques de l’ILRI coauteur de l’étude. « Le bétail peut fournir une protection aux foyers contre le risque d’un changement climatique et leur permettre de tirer avantage de la demande croissante de
produits animaux en Afrique ».
« Tout accroissement de bétail doit pouvoir être géré de façon durable » relève Carlos Seré, Directeur Général de l’ILRI, qui est l’un des 15 centres de recherche soutenus par le Groupe Consultatif sur la Recherche Internationale en Agriculture (CGIAR). “Nos recherches montrent cependant qu’il y a beaucoup de zones en Afrique où, au cours des décennies à venir, la vulnérabilité climatique couplée avec la demande de produits animaux encourageront de nombreuses communautés fermières à ajouter du bétail à leurs systèmes agricoles et nous devons nous préparons à cette situation inévitable »
L’analyse fait partie d’une série d’études publiées dans le journal à la suite d’une conférence sur la sécurité alimentaire et les changements environnementaux qui s’est tenue en avril 2008 à l’université d’Oxford. La publication coïncide avec une rencontre à Bonn cette semaine pendant laquelle des experts du monde entier étudieront de quelle façon un nouvel accord mondial sur le changement climatique peut offrir de nouvelles stratégies d’adaptation pour les pauvres ruraux.
Philip Thornton et son collègue, Peter Jones de Waen Associates au Royaume Uni, ont cherché à identifier les zones d’Afrique dépendantes de l’agriculture qui pourraient être les plus vulnérables aux effets du changement climatique. Ils se sont focalisés sur ce que l’on considère comme des « terres marginales », les régions arides et semi-arides de l’Ouest, de l’Est et du Sud de l’Afrique où, par exemple, les précipitations rares causent déjà la perte des cultures une fois toutes les 6 (ou moins) saisons.
Les chercheurs ont ensuite pris en considération l’impact du changement climatique dans ces régions et ont trouvé que, même dans les cas où le changement climatique est partiellement modéré par les réductions mondiales des émissions de carbone, un grand nombre de fermiers devront très probablement faire face à la détérioration considérable des conditions de culture. La mesure la plus importante était de savoir si le changement climatique indiqué par deux modèles climatiques largement utilisés – qui donnent des projections fondées sur des scénarios d’émissions de gaz à effet de serre élevées ou basses – aurait pour conséquence de faire tomber le nombre de « jours fiables pour la croissance des cultures » en dessous de 90 jours entre 2000 et 2050.
Ils ont conclu qu’avec le scénario selon lequel les émissions de carbone restent élevées, le nombre de jours de culture fiables tomberait en dessous de 90 dans presque 1 million de km2 de zones de culture marginales d’Afrique. En prenant le « scénario d’émissions basses », leur projection indique 500000 km2 de terres qui n’atteindraient pas la limite des 90 jours.
Les chercheurs avertissent que si le nombre de jours fiables de culture tombent sous les 90 jours dans ces zones, « la culture du maïs, déjà marginale, ne sera de fait plus possible en tant qu’activité agricole normale ». Ils continuent, expliquant qu’à certains endroits, la pluie pourrait devenir si rare que « même les cultures tolérant la sécheresse comme le millet » seront difficiles à cultiver. Ils indiquent que, dans ces conditions, le bétail pourrait être la clé pour maintenir la nourriture sur la table et également pour gagner des revenus.
En particulier, selon l’étude, le bétail pourrait fournir une amélioration de revenus suffisante pour les fermiers qui tentent de survivre sur les terres marginales qui sont à une distance de route d’une journée de l’une des zones de population urbaine d’Afrique, où la demande croissante de produits animaux et de produits laitiers pourrait fournir des marchés lucratifs.
Philip Thornton et Peter Jones soulignent que de s’intéresser au bétail comme d’un gardefou contre les climats difficiles n’est pas une idée nouvelle. Ils notent que dans toute l’Afrique, « le bétail s’est révélé être un mécanisme d’adaptation crucial pour les gens pauvres qui essaient de survivre dans des conditions environnementales difficiles »
Philip Thornton explique que le but ultime de ces travaux est d’utiliser les projections sur le changement climatique pour désigner des zones spécifiques d’Afrique – dont chacune pourrait être d’assez petite taille- où il serait approprié de favoriser la possession de bétail sur les fermes de petite taille et d’aider les fermiers à gérer les risques inhérents à ce type d’activité. Il ajoute cependant que l’usage de ce type de recherche pour orienter des décisions politiques pourrait être amélioré par l’obtention de meilleures données au niveau local, y compris des données capables de prévoir quelles températures et modes de précipitations pourraient être observées à l’avenir.
Cependant, Peter Jones et lui reconnaissent que « il existe à l’heure actuelle une incohérence entre le type d’information dont on a besoin en urgence sur l’impact du changement climatique et ce qui peut objectivement être obtenu »
Ainsi par exemple, même à des échelles importantes, régionales, s’il existe un consensus que les températures vont s’élever de façon significative, les divers modèles climatiques ne s’accordent pas toujours sur la façon dont le changement climatique pourrait affecter le taux et les modes de précipitations dans certaines parties de l’Afrique. Ils soulignent cependant que des investissements pour obtenir de tels détails sont justifiés par leur potentiel d’apporter un meilleur niveau de précision et d’efficacité aux programmes d’aide focalisés sur la réduction de la pauvreté parmi les pauvres ruraux d’Afrique, dont la plupart dépendent de fermes de petite taille pour leur nourriture et leurs revenus.
Les chercheurs observent également que de meilleures données montreront inévitablement ce que certains aimeraient mieux ne pas voir mais qui doit cependant être affronté : dans certaines zones d’Afrique où les conditions de culture sont déjà difficiles, il existe tout simplement des limites à ce qu’il est possible de faire pour aider les fermiers à s’adapter au changement climatique. Bien que la réalité puisse apparaître bien brutale, Philip Thornton et Peter Jones expliquent qu’il est important que les agences de développement comme les gouvernements comprennent qu’au moment où les conditions climatiques deviennent de plus en plus intenables pour l’agriculture par endroits, il pourrait exister un point au delà duquel les foyers et les systèmes agricoles subissent un tel stress qu’il n’y a que peu d’autres alternatives que de s’éloigner de l’agriculture ».
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A propos de l’Institut International de Recherche sur le Bétail :
L’Institut International de Recherche sur le Bétail (ILRI), basé en Afrique, travaille là où bétail et pauvreté se rencontrent, apportant des travaux scientifiques de qualité et l’augmentation de capacités nécessaires pour appuyer une réduction de la pauvreté et un développement durable. L’ILRI est l’un des 15 centres soutenus par le Groupe Consultatif pour la Recherche Agricole Internationale (CGIAR). Son siège social se trouve au Kenya et il possède un campus principal en Ethiopie. Il comprend également des équipes travaillant dans ses bureaux du Nigeria, du Mali, du Mozambique, d’Inde, de Thaïlande, d’Indonésie, du Laos, du Vietnam et de Chile. Pour plus de renseignements, rendez-vous sur www.ilri.org
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